Calices

Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 11:39

Me revoilà avec une nouvelle histoire. Elle me tient à coeur car cela fait longtemps que je voulais écrire sur les vampires, une passion née bien avant Twilight! J'espère que vous vous y perdrez avec délice! Bonne lecture :)

 

 

 

 

PROLOGUE

 

 

32ème jour d'hiver de la 32ème année du règne de l'Empereur Ekor IV

 

Vers quelle folie nous dirigeons-nous donc?

Moi, Egéïx, grand prêtre de Sa Majesté l'Empereur Ekor IV, j'ai été envoyé avec onze autres prêtres dans une ultime quête face à une situation désespérée. Depuis les Guerres d'Eocles, l'empire croule sous la famine et la peste. Les maladies que nous donnent les rats sont plus virulentes encore que l'année passée. Les forces ennemies ne cessent de faire moult tentatives pour nous envahir, et nous serons bien vite trop débordés pour pouvoir y faire face.

C'est pourquoi notre souverain nous a envoyés ici. Il a dit qu'il n'y avait plus d'autre solution, mais j'ai bien peur que cette décision nous plonge pour de bon dans les ténèbres. Àl'est du pays, il existe des montagnes noires où de nombreuses grottes ont surgi un peu partout voilà des milliers d'années. Dans la caverne la plus lointaine et la plus haute, se trouve un secret que peu de gens connaissent.

Est-il bon que j'énonce cela sur un parchemin? Je ne sais pas. Mais je crois qu'il est important que, si les choses tournent mal, les gens comprennent ce qui s'est réellement passé.

Un secret. Le mieux gardé depuis des siècles. Seuls les prêtres hauts placés tel que moi-même et les rois le connaissent. Par où commencer?

Il y a environ trois siècles, des créatures ont été enfermées dans ces grottes. Dans cette grotte plus particulièrement. Celle-ci descend droit dans les entrailles de la Terre, et la descente dure des semaines. Les monstres n'ont pas été enfermés par hasard. Ce sont de véritables démons! Mais je dois revenir au commencement de toutes choses si je veux être plus clair.

Deux mille ans auparavant, alors que nous ne vivions encore qu'à l'état d'animaux sauvages, vivait une race humaine différente de la nôtre. Ils étaient nos prédateurs.

Notre espèce n'était pas à même de survivre face à la leur. Ils se nourrissaient de notre sang, et de celui d'animaux s'ils ne trouvaient aucun de nous à tuer. Nous les appelions Sanguinaires. Comment les décrire? Ils avaient la même apparence humaine que nous, à l'exception près qu'ils dégageaient une beauté tout à fait surnaturelle. L'attrait du démon. Pâles, ils ne retrouvaient leurs couleurs qu'après avoir bu du sang.

Par miracle, nous avons pu évoluer, nous cachant de ces monstres qui ne connaissaient pas la satiété. Pour cela, nous n'avions qu'un seul allié: le soleil. Ces créatures ne voyaient bien que la nuit, elles n'étaient pas diurnes. Nous devions donc profiter de la journée pour trouver les cachettes les plus sûres. Et nous armer. Mais ces bêtes avaient une peau dure et donc difficile à transpercer. Il était donc bien rare d'en arriver à bout...

Et, alors que nous apprenions l'écriture et l'agriculture, nous fîmes une découverte qui révolutionnerait nos vies à tous. Les pierres de lumière. Semblables à des joyaux, elles délivraient des pouvoirs insoupçonnables qui réduisirent nos prédateurs à l'état de proies. C'est à cette période qu'apparurent mes confrères les prêtres de l'Ordre de la Lumière. Nous les avons tous traqués, jusqu'au dernier. Nous les avons ensuite condamnés dans ces grottes, les mêmes que nous nous apprêtons à franchir à présent. Ces bêtes féroces ne procréent pas, mais elles ne vieillissent pas non plus. La faim les ronge sans qu'ils puissent mourir, car ils ne peuvent périr que sous le coup des lames ou des pierres de lumière.

Mais ces pierres de lumières sont devenues rares. Nous n'en avons qu'une pour menacer nos ennemis. Une seule. Comment être sûr que cela suffira?

L'empereur pense que nous pourrons dompter ces créatures du diable et s'en servir afin de repousser les troupes ennemies. Il ne veut que l'un d'entre eux car un seul suffira. Mais comment repousserons-nous les autres, alors enfermés depuis trois cents ans!? C'est la folie qui guide nos pas...

 

 

33ème jour d'hiver de la 32ème année de règne de l'Empereur Ekor IV

 

Nous avons atteint les grottes du Mal. Il pleut des torrents et je me sens triste de savoir que c'est la dernière image du jour que j'aurais avant plusieurs semaines! Les gardes qui nous accompagnent ont amené beaucoup de bois et nous préservons chaque flamme des courants d'air. L'endroit est gigantesque, digne d'une église. Il y réside quelques chauves-souris qui s'envolent dans un sursaut, effrayées par la lumière.

La descente est effrayante. Nous nous sommes accrochés les uns aux autres par des cordes que nous avons fixées aux plus grosses stalagmites que nous avons trouvées. Que les dieux fassent qu'elles tiennent!

Nous pouvons marcher, mais le sol est glissant et quand l'un de nous tombe, il entraîne souvent les autres dans sa chute. Il n'y a rien à voir à part ce trou béant devant nous, prêt à nous engloutir... Nous nous sommes arrêtés du mieux que nous le pouvions pour passer la nuit. Nous avons beaucoup de provisions mais les gardes craignent qu'il n'y en ait pas assez.

Je suis fatigué et ces lieux froids et humides ne me rassurent guère. Il va pourtant falloir dormir, le chemin qui m'attend est bien long, si long dans l'obscurité...

 

 

37ème jour d'hiver peut-être de la 32ème année de règne de l'Empereur Ekor IV

 

Depuis hier soir déjà, nous sommes plusieurs à nous réveiller en sursaut. Nous croyons entendre des voix ou des rires, des chuchotements... Mais ça n'est jamais au même moment. Devenons-nous déjà fous?

Le manque de lumière nous rend déprimés, et nous perdons le peu d'espoir que nous avions. Nous nous dirigeons tout droit vers la Mort en personne!

 

 

47ème jour d'hiver peut-être de la 32ème année de règne de l'Empereur Ekor IV

 

Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit, mais je ne me sens l'envie de rien en ce moment. L'angoisse a gagné les prêtres. Aujourd'hui, l'un d'entre nous a totalement perdu la raison. Il nous disait qu'il entendait leurs voix tout le temps dans sa tête, qu'ils allaient nous tuer, que nous n'avions aucune chance... J'ai tenté de lui rappeler que les dieux de la Lumière étaient avec nous et que nous devions leur faire confiance. Il a répliqué que ce n'étaient pas eux qui nous envoyaient, et qu'ils doivent regarder nos actes avec haine et mépris. Je n'ai pas su répondre. Que dire à cela? N'a-t-il pas raison?

Il ne s'est pas calmé. Durant la traversée, il parlait seul, marmonnant des mots incompréhensibles. Ce n'est qu'à un moment que j'ai vu ce qu'il faisait. Il avait trouvé une pierre coupante et il détachait sa propre corde. J'ai crié quelque chose, mais il était trop tard. Il a rompu la corde, entraînant deux autres malheureux prêtres avec lui dans le précipice. Nous n'avons rien pu faire. Nous avons juste entendu leurs hurlements s'éloigner de plus en plus, puis un grand fracas qui a résonné en écho dans la grotte.

Je suis atterré. Pourquoi n'ai-je rien vu avant? Les dieux nous punissent-ils avant que notre erreur ne soit fatale?

 

 

55ème jour d'hiver peut-être de la 32ème année de règne de l'Empereur Ekor IV

 

Nous avons atteint les portes de la grotte. Deux prêtres et trois gardes ont choisi la mort en se coupant les veines avec des silex ou les lames des soldats. Je suis épuisé, las, desséché. Je me sens si vieux! Un de mes confrères a dit quelque chose auquel je ne peux m'empêcher de repenser. Ces créatures pratiquent la magie noire. Ils ont pu ensorceler notre Empereur à distance. Il nous a envoyés ici pour leur servir de repas! Et grâce à nous, ils auront assez de force pour fuir les grottes... et se répandre dans notre monde!!!

Je ne crois pas trop à ces histoires de magie noire. Mais il a raison sur une chose: nous allons leur servir de repas. Dans quelques instants, nous ouvrirons les portes du Mal. Je vais prier.

Si ces monstres se répandent dans le monde, je n'ose imaginer ce qu'il adviendra de notre espèce. Et penser que j'en serai le responsable... Dieux, je ne peux y songer... Si seulement, je pouvais encore reculer... Mais il est trop tard, nous n'avons pas fait tout ce chemin pour rien! Et ces voix... Pardonnez-nous, nous ne savons plus y résister!

Les pierres de lumière sont devenues rares, on les porte en bijoux et peu connaissent encore leur véritable utilité. Je vais utiliser ma magie à présent, et affronter mon destin ou plutôt celui de l'Humanité...

 

 

Ce journal m'amuse beaucoup. Si quelqu'un le trouve, voici la suite de l'histoire: Egéïx nous a proposé un marché stupide pour sauver leur royaume.. Et ils ne voulaient emmener que moi, Sangora! Je suis reine et je n'abandonnerai pour rien au monde mon peuple dans ces grottes. Nous avons croupi ici assez longtemps! Il n'y avait pas assez de sang pour tout le monde mais nous reviendrons aider nos frères et sœurs. Le règne des Sanguinaires commence.. Notre vengeance aussi.

 

 

Calices (1) : L'Ange Funeste

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Par Kyra - Publié dans : Calices - Communauté : Fantasy et science-fiction
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Mercredi 10 novembre 2010 3 10 /11 /Nov /2010 15:42

 

Vous allez découvrir l'héroïne et d'autres personnages principaux. Je pense que les actions vont peut-être un peu vite et je ne suis pas encore satisfaite du résultat, donc j'attends vos impressions :) ! Bonne lecture.

 

  Calices

 

 

CHAPITRE 1

L'ANGE FUNESTE



  Il faisait nuit lorsqu'Enora eût fini de travailler. La taverne avait été remplie ce soir-là, elle n'avait pas eu un seul instant à elle. La plupart du temps, elle n’avait aucun problème car elle connaissait tous les habitués et tous la connaissaient depuis ses six ans. Les seules fois où on l’ennuyait, c’était à cause des clients de passage. Taleen était une ville idéalement située, proche des côtes. On voyait donc souvent des mercenaires s’y arrêter pour une nuit ou deux, ainsi que des marins qui passaient par là avant de reprendre la mer.
  Il était temps de rentrer. La jeune femme expira un grand coup.  Enora était une belle jeune fille de dix-sept ans. Ses cheveux blonds ondulés encadraient son visage doux au regard fragile. Ses yeux marron contrastaient avec la couleur de sa chevelure qu’elle laissait presque toujours détachée. Elle n'avait jamais aimé rentrer seule une fois le soleil couché. Comme si cela attirait les êtres les plus malsains, quels qu'ils soient. Il arrivait bien trop souvent que des hommes, ivres ou non, cherchent sa compagnie ou tentent de lui voler son argent durement gagné.
  L’air était glacé en ce début d’hiver et le silence régnait dans les rues pavées et désertes où ses pas résonnaient dans la nuit noire. Les maisons de Taleen étaient pour la plupart faites de pierres blanches, petites, et possédant un étage et un grenier. Elles étaient toutes accolées les unes aux autres avec des toits de chaume et des fenêtres semblables à de grands yeux ahuris, tandis que leurs portes en bois rudimentaires claquaient au moindre coup de vent. Quelquefois, on pouvait trouver des ruelles si étroites que seul un enfant aurait été capable de s’y faufiler. Les habitations de la ville formaient à elles seules un véritable labyrinthe dans lequel tout étranger risquait fort de s’égarer.
  Tout se ressemblait étrangement, mais pour Enora, il y avait deux endroits particuliers qu’elle adorait à Taleen. Tout d’abord, il y avait la place du marché. Une grande place ronde où les odeurs des épices se mêlaient à celles des fromages et des légumes, où on vendait des bijoux et des parures aux couleurs de l’arc-en-ciel. Tout le monde aimait s’y retrouver pour parler, débattre et jouer aux cartes. Certains bonimenteurs lisaient l’avenir dans des boules de cristal, tandis que d’autres pratiquaient l’art du tarot. On y trouvait aussi très souvent des saltimbanques et des dresseurs aux créatures fabuleuses. Des cirques ambulants étaient régulièrement de passage à Taleen, et même si Enora gagnait peu d’argent, elle gardait toujours un bocal rempli de pièces, juste pour les prochaines foires. Cela n’avait beau être qu’illusions et mirages en tout genre, la jeune fille y trouvait le meilleur des réconforts. Un moment d’évasion unique, comme un monde imaginaire inaccessible qui lui était un instant ouvert.
  Le deuxième endroit qu’elle préférait à Taleen, c’était la Fontaine-Nord. Cela se trouvait tout près du sommet de la colline, où le château surplombait la ville, à la juste limite entre les pauvres et les nobles. La démarcation était donc faite par cette immense fontaine de marbre accessible à tous. Elle aimait s’y rendre avec Lohan les soirs d’été pour regarder les étoiles et écouter les oiseaux de nuit. L’hiver, ils s’amusaient à marcher sur la glace qui se formait à la surface de la fontaine, et à sculpter des statues de neige. Lohan était beau, arborant un regard malicieux et doux à la fois. Ses cheveux étaient roux et ses yeux vert émeraude.
  C’était aussi à la Fontaine-Nord que Lohan l’avait embrassée pour la première fois. Enora était loin de s’y attendre ! C’était l’année dernière ; ils traînaient alors avec trois autres amis. Elle n’avait pas vu comme Lohan la dévorait du regard ni les sourires qu’il ne donnait qu’à elle, comme un précieux cadeau. Et puis un soir, alors qu’ils étaient sur le chemin du retour, Lohan l’avait soudain attirée à l’écart, et l’avait embrassée. Surprise, elle avait toutefois compris en quelques secondes que c’était ce qu’elle avait toujours voulu. Lohan était tout ce qu’elle pouvait espérer pour son avenir, un homme qu’elle aimait tendrement et qui était prêt à tout pour elle.
  Mais son père en avait décidé autrement et l'avait promise à un fils de charpentier : Emil. Enora le détestait plus que tout. Il était tout ce qu’un homme pouvait avoir de plus repoussant: agressif, violent, mauvais, cupide... Le mariage serait célébré dans un mois.
  Elle frissonna en y repensant. Il n’y avait aucun moyen d’y échapper.
  Un bruit dans la ruelle pavée la figea. Quelqu'un la suivait, elle en était sûre. Elle serra les poings, se rappelant de ce que sa mère lui disait souvent. Il faut toujours laisser la colère te submerger plutôt que la peur. Car la peur ne peut t'amener qu'à ta propre perte. Enora se concentra alors; celui qui la suivait était quelqu'un de mauvais, car il voulait l'effrayer. Elle ne pouvait accepter cela.
  L'homme en question ne tarda pas à se montrer. Grand, barbu, il tenait une bouteille cassée et semblait invincible. Toute la fureur qu'Enora avait tentée de rassembler s'effondra instantanément. Les yeux de l'inconnu brillaient d'une lueur malsaine et folle. Elle n'avait aucune chance.
  La jeune fille recula. Il avança vers elle. Elle se mit alors à crier de toutes ses forces, terrifiée. L'homme l'agrippa par les cheveux pour la coller contre lui. Son haleine empestait l'alcool.
   «Ça sert à rien de crier, chérie, laisse-toi faire, ce sera vite fait!»
  Enora hurla de plus belle, griffant son agresseur avec furie.
  C'est alors qu'il y eut un craquement terrible. L'homme s'effondra sur le sol, la nuque brisée. La jeune femme leva la tête. Elle ne put voir que les yeux de son sauveur: des yeux d'un bleu acier étincelant... qui s'évaporèrent dans la nuit.
  Enora, le cœur battant à tout rompre, s'élança dans la rue, horrifiée. Elle courut du plus vite qui lui était possible, jusqu'à atteindre sa maison. Elle entra, referma la porte et se laissa glisser par terre, les larmes noyant son visage. Que s'était-il passé?
  Elle mit un certain temps pour reprendre ses esprits, la respiration haletante. Elle venait d'assister à un meurtre, commis visiblement pour la défendre... Devait-elle donc le signaler? Non, ne valait-il mieux pas remercier son sauveur? Sans lui, elle aurait été violée, salie à jamais.
  Elle se redressa lentement et souffla un grand coup.
  Un rire grossier se fit entendre en face d'elle. C'était Emil. Elle ne l'avait même pas remarqué.
   «Ben alors, on a peur du noir?! se moqua celui-ci.
- Fous le camp!» s'écria Enora, hors d'elle.
  Emil la prit par le bras, elle essaya en vain d'échapper à sa poigne.
   «Quoi qu'il ait pu se passer, tu l'avais sûrement mérité! siffla-t-il.
- Tu n'es qu'un sale rat!
- Dommage pour toi car ce sale rat, tu devras bientôt l'accepter dans ta couche!» riposta Emil d'un ton avide et moqueur.
  Enora aurait voulu hurler, mais à quoi bon? Elle préféra donc lui cracher au visage. Le jeune homme se préparait à la frapper quand le père de la jeune femme fit son apparition dans la pièce.
   «Lâche-la, Emil. Et rentre chez toi.»
  L'intéressé se tourna vers l'homme. Arbéïk était le père d'Enora. Il avait une cinquantaine d'années et exerçait le métier de forgeron. Quelques mois auparavant, il avait perdu aux cartes face au père d'Emil. Il avait perdu une somme d'argent qu'il n'avait pas et n'aurait sans doute jamais. La seule chose qu'il lui restait à offrir était alors sa fille... Depuis, Enora n'adressait presque plus la parole à Arbéïk. Elle ne pourrait jamais lui pardonner.
  Elle voulait tant Lohan.
  Emil jeta un sourire goguenard au père de sa promise et finit par s'en aller, claquant la porte derrière lui.
  Arbéïk s'avança alors vers sa fille, encore toute tremblante. Elle ne pensait déjà plus à Emil, mais à cet homme qui l'avait agressée. Après tout, n'avait-elle pas espéré du plus profond de son être qu'il meure? Était-ce donc à cause d'elle? Comme si on lui avait envoyé un ange gardien pour exaucer sa prière... Un Ange de la Mort.
   «Est-ce que ça va? demanda son père. Que t'est-il arrivée?
- Rien, laisse-moi, je vais me coucher.»
  Arbéïk soupira, tandis que sa fille montait à l'étage se réfugier dans sa chambre. Il savait qu'il l'avait perdue pour toujours.


  Il buvait goulûment à la source, se délectant de chaque goutte. Et pour une fois, Il n'avait aucune pitié concernant sa proie. L'homme était mort et il l'avait mérité. Au moins maintenant, Il n'aurait plus soif avant la nuit prochaine.
  Une fois le corps vidé de son sang, Il le laissa là et fit demi-tour. Il se promena dans la ville endormie pendant quelques heures encore, infatigable. Et puis, avant l'aube, Il retourna dans les souterrains des égouts, s'y faufilant telle une ombre. Un peu plus loin, il y avait de grandes salles plus ou moins dénuées d'humidité où Lui et son peuple pouvaient vivre en toute tranquillité, sans jamais être dérangé par qui que ce soit. Et quiconque aurait trouvé leur cachette y aurait laissé sa vie. Une brebis ne ressort pas vivante d'une meute de loups affamés.
   «Tu as été bien long.»
  Il se retourna. C'était Sangora. La magnifique Sangora. Née de l'impossible. Chez les Sanguinaires, il existait deux espèces. La première concernait les «purs», autrement dit ceux qui avaient toujours été vampires, qui n'avaient eu besoin d'être transformés. Il en existait peu, et ils étaient pour cela privilégiés. Les «impurs» au contraire étaient devenus vampires car on les avait transformés. Un impur ne pouvait transformer un être humain en Sanguinaire. Cependant, aucune de ces deux espèces n'était à même de procréer.
  C'était pourtant ainsi que Sangora était née: d'un vampire pur et d'une mère impure qui n'aurait pas dû pouvoir la mettre au monde. Pour beaucoup, elle avait été une curiosité; avait-elle pu voir le jour parce que sa mère avait gardé un côté plus humain que vampire?  Impossible de le savoir. Elle était un véritable miracle, voilà tout. D'une force surnaturelle, Sangora avait grandi. Elle n'aurait avoué à personne qu'elle avait eu peur de voir son enveloppe charnelle se flétrir. Mais ce ne fut pas le cas; la jeune Sanguinaire resta belle pour l'éternité quand son corps se figea à ses vingt-quatre printemps. Aussi belle que dangereuse. Elle dépassait les forces de chaque Sanguinaire, et leur était supérieure en intelligence et en cruauté. Il était donc évident qu'elle devînt leur chef.
  Sangora avait une magnifique chevelure brune et des yeux verts en amande. Ses lèvres pulpeuses n'étaient pas sans attiser le désir aussi bien chez les siens que chez ses victimes. Elle avait des courbes voluptueuses parfaites, dignes d'une déesse. Et après tout, n'était-ce pas ce qu'elle était? Une déesse?
   «À partir de la nuit prochaine, déclara-t-elle de sa voix suave, nous prendrons des calices avec nous. Autrement, nous risquerions de nous faire remarquer.»
  Il acquiesça et lui baisa la main.
  Il avait déjà fait son choix.


  Enora se réveilla en sursaut, trempée de sueur. Il lui semblait avoir de nouveau entendu le craquement sinistre des cervicales de son agresseur. Et les yeux qu'elle avait vus dans la nuit... C'était impossible! Aucun œil humain ne brillait ainsi dans la nuit! Qui l'avait sauvée? Et pourquoi?
  Et si elle avait été la première proie du tueur? Peut-être qu'il ne voulait pas la sauver, mais la tuer elle aussi. Elle frissonna et l'image des yeux bleus dans l'obscurité ne la quitta plus jusqu'au lendemain.
  Enora s'éveilla tard, mais tout aussi épuisée qu'avant de se coucher la veille. Elle chercha de la nourriture dans les placards et ne trouva qu'un bout de pain sec. Elle s'en accommoderait, elle avait trop faim. Son père n'était pas là, il devait probablement écumer les tavernes, comme toujours. La jeune fille vérifia l'argent qu'elle avait gagné hier soir; dix pièces. De quoi faire quelques courses pour elle et Arbéïk.
  Elle se lava à l'aide d'une bassine d'eau propre que son père avait pensé à changer. Elle se rendit compte à quel point elle souhaitait partir de cette maison... mais en aucun cas pour vivre avec Emil! Et alors elle pensa à Lohan. Elle se dépêcha de s'habiller; elle mit une robe mauve qui mettait ses formes en valeur sans en montrer trop. Elle décida de laisser ses cheveux ondulés détachés et sortit dehors.
  Le soleil brillait haut dans le ciel, illuminant la ville de Taleen. Construite plusieurs siècles auparavant, cette dernière était entourée d'une rivière qui la protégeait des attaques ennemies. Des ponts permettaient aux paysans de rejoindre leurs champs pour aller travailler. Le château du Comte Erzack surplombait la ville, veillant de près sur elle. Le comte était un cousin du Roi Temes, souverain des Terres d'Imar où ils vivaient tous assez paisiblement. Cependant, depuis quelques temps déjà, le roi avait des vues sur l'Empire d'Eocles, gouverné par l'Empereur Ekor IV. On disait que des hommes seraient bientôt choisis pour partir en guerre. Cela effrayait Enora plus que tout car Lohan avait l'âge et la stature idéale pour être sélectionné.
  La jeune fille traversa le pont et marcha encore un peu avant de trouver son amant. Il l'aperçut tout de suite, comme par instinct. Il afficha un large sourire en la voyant et l'attrapa dans ses bras. Comme il déposait un baiser sur ses lèvres, Enora dut le repousser.
   «Lohan, s'il te plaît, Emil...
- Je me moque d'Emil.
- Je t'en prie, c'est déjà assez dur...»
  Elle le serra contre elle.
   «Hé, qu'y a-t-il? Tu n'as pas l'air bien?
- Je... Est-ce que tu as un peu de temps?
- Oui, je vais prévenir mon père et on ira marcher un peu. J'arrive!»
  Le jeune homme s'éloigna. Enora l'attendit avec anxiété, cherchant les mots pour lui décrire ce qu'elle avait vécu la veille au soir. Lohan revint quelques instants après. Ils marchèrent pour être un peu seuls et elle lui conta donc ce qui lui était arrivé. Lohan serra les dents à l'évocation de l'homme qui l'avait agressée.
   «Je le savais! J'aurais dû te raccompagner après ton travail!
- Laisse-moi continuer», lui dit doucement Enora.
  Et elle lui raconta le terrible craquement des cervicales, les yeux étincelants dans le noir, sa fuite... et Emil qui l'attendait.
   «Je vais le tuer! s'exclama Lohan.
- Ce serait avec plaisir ! », plaisanta Enora.
  Puis elle reprit plus sérieusement :
   « Je veux m'en aller... avec toi. Mais je sais que c'est impossible! Ce serait condamner mon père et je ne voudrais pas que tu abandonnes tes parents qui sont si bons avec toi...
- Ils comprendraient. Enora, tu ne mérites pas cette vie! Je sais que je ne dois pas tuer Emil, mais je vais avoir du mal à me retenir, sache-le!»
  Tuer Emil... Comme l'idée était alléchante! Rien que de l'imaginer dans sa couche, Enora se sentait prise d'une révulsion sans nom. Et cette haine... Elle n'avait jamais haï quelqu'un et à cause d'Emil, elle devenait une autre personne, une personne qu'elle n'aimait pas.
  Elle avait beau éprouver du mépris pour son père, jamais elle ne serait capable d'assumer sa mort. Le père d'Emil avait été clair: sa fille ou sa vie.
  Elle se mit à pleurer dans les bras de Lohan.
   « Je préfère mourir que de me marier à ce monstre!
- Je t'interdis de dire ça, dit le jeune homme, secoué par ses propos. Je ne le laisserai pas faire. Je préfère être condamné à mort pour l'avoir tué plutôt que ce soit toi qui y laisse ta vie!
- Si tu meurs, je meurs aussi! » rétorqua sèchement Enora.
  Ils se turent tous deux, désemparés. Aucun miracle ne pourrait les délivrer de cette situation.

 
  Enora laissa Lohan à contrecœur; il devait retourner travailler. Elle décida de passer au marché pour acheter de quoi manger. Son ventre criait famine, il était temps qu'elle avale quelque chose de plus consistant qu'un bout de pain rassi. Elle se rendit donc à la grande place ronde. Des musiciens jouaient une partition de violoncelles entraînante sur laquelle des personnes se laissaient aller, entamant quelques pas de danse. Les voix et les couleurs vives du marché la réconfortèrent un moment.
  Mais alors qu'elle choisissait des tomates qu'elle surprit une conversation déroutante.
   «Vidé de son sang, je vous dis! Oui, dans la ruelle plus haut. Ils l'ont retrouvé la nuque brisée et plus une goutte de sang. Les gardes disent que ce doit être un animal, mais croyez-moi, si un animal est capable de faire ça, on est mal barrés!»
  Enora devint livide. Emportant ce qu'elle avait déjà acheté, elle rentra chez elle, et s'y enferma à clé. Tremblante, elle s'assit sur une chaise. Cet homme dont on parlait... C'était son agresseur, elle en était sûre!
  Et ces yeux n'étaient pas ceux d'un animal, elle en aurait mis sa main à couper! Elle repensa à leur lueur surnaturelle et aux propos qu'elle venait d'entendre... Vidé de son sang...


*



  Lorsque la jeune fille dut aller travailler ce soir-là, elle était plus nerveuse que jamais. Mais si elle restait là, elle risquait de croiser Emil et ça, c'était hors de question.
  Elle partit un peu avant la tombée de la nuit et arriva sans encombre à la taverne où elle était serveuse. Enora se mit au travail machinalement. Deux heures après son arrivée, elle était si occupée qu'elle ne remarqua pas une seconde qu'on l'observait.

  Il la regardait avec attention, ses yeux bleu acier ne la quittant pas une seconde. Il avait faim. Très faim.

 

 

Calices (2) - Un Rêve

 

 

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Par Kyra - Publié dans : Calices - Communauté : LA COMMUNAUTE DE TOUS
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Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 23:08

Voilà enfin la suite! Désolée d'avoir été si longue, j'ai beaucoup recorrigé ce chapitre. C'est très sombre, et j'espère que cela vous plaira ;)

 

 

Calices (1) : L'Ange Funeste  

 

CHAPITRE 2

UN RÊVE


 

Quand Enora arriva à sa table, elle n'avait toujours pas remarqué qu'Il la fixait depuis un moment déjà.

«Vous désirez quelque chose?» demanda la jeune fille.

Et là, elle vit ses yeux.

Elle se figea net et observa l'inconnu devant elle. C'était un magnifique jeune homme d'une vingtaine d'années. Sa peau pâle contrastait avec ses cheveux d'un noir jais dont quelques mèches retombaient sur son front. Ses sourcils étaient si bien dessinés qu'on ne remarquait que son regard malicieux. Il était réellement d'une beauté surnaturelle et Enora mit du temps à redescendre sur terre. Il avait les yeux bleu acier. C'était lui.

«Je m'appelle Ilahn, se présenta-t-il en lui montrant une chaise. Assieds-toi, je t'en prie.»

Enora se secoua, tentant de dégager son regard de celui du jeune homme.

«Non, je... Je dois travailler.

- Très bien. Àquelle heure finis-tu?

- Vers une heure du matin.

- Entendu, alors à tout à l'heure.», dit le dénommé Ilahn en lui faisant un clin d'oeil aguicheur.

La jeune fille tourna les talons. Mais qu'est-ce qui lui avait pris de donner l'heure de son départ de la taverne?! Voulait-elle donc se faire tuer?! Elle avait beau y réfléchir, elle était sûre qu'elle n'avait pas voulu le lui dire, mais ses yeux... Quelque chose en lui l'avait convaincue – obligée? - de le faire.

La soirée lui parut interminable car elle sentait chaque seconde le regard d'Ilahn sur elle. Il voulait probablement se débarrasser du seul témoin gênant dans cette affaire de meurtre... Ou tout simplement finir ce qu'il n'avait pu finir la nuit dernière. Car elle avait peut-être été sa première cible dès le début.

Àla fin de son travail, son coeur battait à tout rompre. Ilahn savait qu'elle l'avait reconnu. Pourquoi risquait-il donc à se montrer si ce n'était pour la tuer? Elle décida de passer par la porte de derrière le plus discrètement possible. Elle se dépêchait quand une main l'agrippa, la faisant sursauter. C'était Emil.

«Qu'est-ce que tu veux? s'écria-t-elle.

- Oh! Qu'est-ce qu'y a? T'as encore peur du noir?!

- Va te faire voir, Emil! Et laisse-moi tranquille!

- Ça m'étonnerait. Dans un mois, t'es à moi, Enora! Et tu pourras rien y faire, t'entends?!»

La jeune fille se débattit, tentant d'échapper à la poigne d'Emil qui se faisait de plus en plus virulente.

«Lâche-moi! cria-t-elle.

- Non!»

Il la plaqua contre le mur et, ennivré par l'alcool, il commença à relever ses jupons, prêt à la violer. Enora hurla de plus belle et le frappa au visage. Emil la gifla en retour pour la faire taire. L'horreur et le dégoût s'emparèrent de la jeune fille comme un poison violent. Non, ça ne devait pas arriver! Jamais...

Tout à coup, il y eut un bruit sourd et le futur mari de la jeune fille s'écroula sur le sol. Ilahn se tenait là et venait de se charger de lui.

«Il n'est pas mort, dit-il calmement. Je l'ai juste assommé.»

Enora, toute tremblante, avait les yeux embués de larmes. Elle l'avait tant espéré et c'était arrivé: on l'avait tirée de là. Repensant au fait qu'Emil n'était pas mort, elle ne put s'empêcher d'articuler:

«Dommage.

- Oh, ça peut encore s'arranger!»

Ilahn s'approcha du corps inerte d'Emil; Enora le retint.

«Non! Non! C'est bon... Merci...»

Il la fixa de ses yeux étincelants.

«Et aussi pour hier soir, je crois, ajouta-t-elle, hésitante. Écoute, je ne dirai rien à personne à propos de ça...

- Je sais. Je ne suis pas là pour te tuer.»

Cette phrase décontenança la jeune fille. C'était comme s'il lisait en elle toutes ses pensées. Et s'il n'était pas là pour la tuer, alors que lui voulait-il?!

- Mais... Qui es-tu?

- Ton ange gardien.»

Il s'enfonça aussitôt dans l'obscurité de la nuit, disparaissant telle une ombre. La jeune fille l'appela plusieurs fois, mais il ne réapparut pas. Peu rassurée, elle laissa Emil où il était – et pria au fond d'elle pour qu'il soit tué comme celui de la veille. Elle ne souhaitait plus qu'une chose à présent: rentrer saine et sauve sans plus croiser qui que ce soit.

 

 

De retour chez elle, Enora s'effondra sur son lit, épuisée. Elle était rentrée en courant, et n'avait croisé personne sur sa route. Arbéik dormait déjà, elle ne l'avait pas vu une seule fois aujourd'hui. La jeune femme prit toutefois le temps de se déshabiller et d'enfiler une robe blanche légère qu'elle mettait pour dormir. Elle s'enfonça dans ses couvertures, comme quand elle était petite et qu'elle voulait se protéger des monstres. Au moins à l'époque, les monstres ne sortaient que de son imagination...

Enora ne trouva pas le sommeil tout de suite, angoissée par tout ce qui lui arrivait. Emil risquait de lui faire payer ce qui venait de se passer. Et que lui voulait cet Ilahn? Il l'effrayait vraiment, même s'il se proclamait être son défenseur. Quelque chose au fond d'elle lui disait qu'il possédait une noirceur d'âme sans pareil.

Lorsqu'elle s'endormit enfin, au bout d'une heure interminable, elle se mit à rêver.

 

Ilahn était à sa fenêtre, il l'observait avec une sorte d'avidité. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle lui disait d'entrer, comme si l'ordre ne venait pas vraiment d'elle-même. Le jeune homme ouvrait alors la fenêtre sans bruit et pénétrait à l'intérieur. Le souffle froid de la nuit faisait frissonner la jeune fille. Il était dans sa chambre et elle ne bougeait pas; elle n'y parvenait pas, comme dans ces cauchemars où l'on ne peut plus faire un mouvement.

Les yeux bleu acier brillaient dans le noir et semblaient plus clairs et étincelants que jamais. Il continuait de s'approcher d'elle. Le coeur d'Enora se mit à battre plus fort et elle crut un instant qu'il le percevait. Et il fut là, à son chevet. Il s'abaissa à son niveau; Enora était toujours paralysée mais elle sentait la respiration rapide de l'intrus. Elle ne portait qu'un vêtement léger, elle se sentait nue face à lui. Ilahn glissa son visage glacé dans son cou et la jeune fille eut un frisson d'effroi et d'autre chose... Du désir. Lohan, elle devait penser à Lohan!

Pourquoi ne pouvait-elle pas bouger?! Le jeune homme posa ses lèvres sur sa peau et lui baisa le cou. Et soudain, elle sentit ses dents... qui s'enfoncèrent dans sa chair. Enora voulut crier de peur et de douleur, mais elle n'y parvint pas. Du liquide chaud s'écoulait de sa plaie et Ilahn s'en abreuvait...

Il buvait son sang.

 

 

Enora se réveilla en sueur, des larmes d'effroi dévalant ses joues. La nuit était toujours là et un vent glacé s'échappait de la fenêtre ouverte. Ouverte?! Elle alluma en hâte une lampe à huile posée à son chevet. Personne, elle était bien seule. La jeune fille se précipita alors à la fenêtre pour la fermer, terrifiée. De là, elle inspecta la rue plongée dans l'obscurité. Déserte.

Pourtant, elle était sûre que ce mauvais rêve était différent des autres qu'elle avait déjà pu faire. Il avait bien trop un goût de réel. Par réflexe, elle mit la main à son cou et grimaça.

Elle avait mal.

Elle chercha dans ses affaires un petit miroir et y inspecta sa gorge. Deux petits trous y étaient apparus. Enora poussa un gémissement d'horreur en lâchant le miroir qui se brisa sur le sol. Elle n'avait pas rêvé.

Elle perdait la raison! C'était impossible! Dieux, quelqu'un s'était introduit chez elle... Non, elle l'avait invité à entrer! Enora repensa à son entretien avec Ilahn à la taverne. Elle n'avait pas voulu lui dire à quelle heure elle finissait, et pourtant, elle l'avait fait... Elle n'avait pas voulu qu'il rentre, mais elle l'avait invité dans sa chambre, et elle n'avait pas voulu qu'il s'approche... Et elle n'avait rien fait pour l'en empêcher.

Mais quel humain pouvait s'abreuver de sang?! En repensant à ses yeux, Enora comprit quelque chose: Ilahn n'était pas un être humain. Du moins, pas comme elle-même ou Lohan... Lohan! Elle avait rendez-vous avec lui dans la matinée. Que ferait-elle alors? Il la prendrait pour une folle... Sauf lorsqu'il verrait les marques dans son cou. Non, il ne fallait pas qu'il les voie! Autrement, il serait prêt à affronter cet étrange inconnu... Et qui sait alors ce qu'Ilahn lui ferait? Car il avait une force prodigieuse, c'était certain; il avait assommé Emil d'une main et tué un homme en une fraction de seconde. Elle frissonna en pensant à ses crocs enfoncés dans sa propre chair. Pourquoi ne l'avait-il pas tuée? Il aurait pu la vider de son sang, mais il ne l'avait pas fait. La jeune fille se souvint du baiser qu'il avait déposé dans son cou, juste avant de la mordre. Un baiser tendre malgré ce qu'il s'apprêtait alors à lui faire.

Il allait revenir, c'était sûr. Enora se mit à pleurer doucement, effrayée par ce qui semblait l'attendre la nuit prochaine.

 

*

 

Lorsqu'Ilahn retourna dans l'antre des Sanguinaires, leur chef l'attendait avec impatience. Beaucoup de vampires mâles jalousaient Ilahn car Sangora avait une préférence visible pour lui. Et pourtant, il n'était qu'un impur! C'était indigne d'une reine comme elle, mais qui se serait opposé à sa volonté? Personne n'aurait osé, pour rien au monde.

«Ilahn, l'appela Sangora de sa voix gracieuse. As-tu trouvé un calice

Le jeune sanguinaire s'inclina devant elle.

«Oui, Votre Majesté. Je l'ai même goûtée, et elle est délicieuse.

- Elle?

- Oui, ma reine. Est-ce un problème?»

Sangora le fixa de ses yeux avides et afficha un sourire mauvais qui, curieusement, la rendait plus belle encore.

«Non, au contraire. Amuse-toi bien avec ton nouveau jouet...»

Ilahn lui baisa la main et la reine des Sanguinaires s'éloigna.

Sangora s'était beaucoup amusée ce soir. Ses serviteurs lui avaient amenée un homme et une femme, complètement hypnotisés. De toute évidence, ils ne savaient même pas où ils étaient et ne s'en souviendraient pas – ils n'en auraient même pas l'occasion. Les impurs ne pouvaient pas faire oublier aux humains; ils ne pouvaient que les faire céder à leurs désirs. Les purs au contraire avaient tout pouvoir sur l'âme humaine.

Comme à chaque fois, la chef sanguinaire s'attachait les cheveux pour ne pas se salir trop. Elle aimait jouer avec ses proies, les séduire... Elle commança par le plus facile à charmer: l'homme. Les mâles étaient toujours d'une faiblesse sans égale devant sa beauté ravageuse. Il succomba vite au jeu de la prédatrice. Elle lui brisa la colonne vertébrale sans scrupules. Et, sortant ses canines acérées, Sangora les planta dans la jugulaire de sa victime. Elle ne finit pas tout, en laissant encore un peu à ses sbires qui n'attendirent pas plus longtemps pour se jeter sur l'homme.

Les yeux de la reine étaient alors d'une pâleur et d'un éclat surnaturels. Elle s'approcha de la femme qui, immobile, n'avait toujours pas conscience de ce qui se passait. Le visage barbouillé d'hémoglobine, Sangora vint lui susurrer à l'oreille:

«Bonjour, ma chérie...»

La femme la regarda sans un mot, inconsciente. Sangora posa alors ses lèvres sur celles de sa victime, les tachant de sang. Elle l'embrassa goûlument, la femme se laissant faire. Puis elle mordit.

Les hurlements se répercutèrent en écho, mais il n'y eut que des Sanguinaires pour les entendre.

Personne ne vient vous sauver en enfer.

 

Calices (3) - Morsures

 

 

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Par Kyra - Publié dans : Calices - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Samedi 4 décembre 2010 6 04 /12 /Déc /2010 16:51

Calices (2) - Un Rêve  

 

 

CHAPITRE 3

MORSURES

 

 

Lohan frappa de nouveau à la porte. Pourquoi Enora n'était-elle pas venue ce matin? Il avait attendu près d'une heure et il craignait qu'Emil lui ait fait du mal. On pouvait s'attendre au pire avec lui. Si elle n'était pas chez elle, le jeune homme irait droit chez Emil et il ne garderait pas son sang-froid très longtemps.

Il y eut un cliquetis dans la porte. Enora lui ouvrit.

«Tu avais oublié? demanda-t-il. Je m'inquiétais...»

Enora semblait épuisée et il remarqua le foulard autour de son cou. Elle n'aimait pas porter ce genre de choses d'habitude. Lohan sut alors dès le premier regard que quelque chose clochait.

«Enora, tu es toute pâle..., murmura-t-il en lui caresant la joue.

- Entre, mon père est parti travailler.»

Le jeune homme s'exécuta et attendit qu'elle ait refermé la porte derrière lui.

«Que se passe-t-il?» demanda-t-il doucement.

Décontenancée, Enora tenta de cacher son malaise.

«Rien, je t'assure. Je suis désolée pour notre rendez-vous, je me suis réveillée tard...

- C'est Emil, c'est ça? Il t'a battue?!

- Quoi? Non!»

Et, sans qu'elle s'y attende, Lohan lui retira son foulard, sûr d'y découvrir des marques d'agression. Mais lorsque ses yeux se posèrent sur les deux petits trous dans son cou, il resta bouche bée.

«Que...?! Enora, qu'est-ce qui s'est passé?!»

La jeune fille se mit à trembler. Qu'allait-elle lui dire? Si elle parlait d'Ilahn, Lohan n'hésiterait pas à aller le voir et alors il se ferait tuer!

«Ce n'est rien...

- Tu trembles! Enora, viens, dis-moi ce qu'Emil t'a fait...»

Il l'attira contre elle, se voulant rassurant. Mais elle ne pouvait rien lui dire, pas cette fois.

«Non, Lohan, je t'assure que ce n'est rien. Je suis tombée dans les escaliers...

- Enora, ne me la fais pas! Ce que tu as là, c'est... Ça n'a rien à voir avec une chute!

- Lohan, je t'en prie, crois-moi, ça n'est pas Emil. Je me suis blessée, c'est tout...

- Alors pourquoi voulais-tu me le cacher?!

- Parce que... Je savais que tu réagirais comme ça alors que... ça n'est rien!»

Le jeune homme la fixa droit dans les yeux.

«Je ne te crois pas.

- Je te le promets», lui dit-elle.

Elle fit tout pour que son regard ne la trahisse pas, gardant bien ses yeux dans les siens.

Quelques temps après, Lohan repartit.

C'était la première fois qu'elle lui mentait.

Il le savait.

 

 

Enora passa le reste de la journée au lit. Qu'elle que fût la tâche à laquelle elle s'adonnait, la jeune fille n'arrivait pas à penser à autre chose qu'au jour qui déclinait bien trop vite. Arbéik rentra avant le coucher du soleil, fatigué. Il tenta en vain de faire la conversation à sa fille, mais celle-ci ne voulait pas lui parler.

«Très joli, ton foulard», commenta-t-il.

Enora feignit de ne pas l'entendre. La nuit arrivait à grands pas et elle devait se rendre à la taverne sans plus attendre. Elle frissonna en pensant aux yeux bleu acier qui l'attendaient dehors. Elle avait eu si peur toute la journée qu'elle avait réussi à en oublier Emil. La jeune fille pria pour ne pas croiser son chemin.

Elle parvint à la taverne sans encombre, alors que le soleil se couchait. L'hiver raccourcissait les jours, malheureusement. Le propriétaire de l'auberge, Elios, fut surpris de la voir si tôt. D'habitude, elle était toujours un peu en retard.

«Tu as enfin appris à regarder l'heure! plaisanta-t-il.

- Bonjour, Elios.

- Emil est passé me voir», dit-il soudain.

Enora se figea d'effroi. Qu'avait-il pu aller raconter?

«Il te cherchait. Il avait l'air remonté!»

La jeune fille déglutit. Une autre peur s'insinua en elle, celle de son futur mari. Et elle se demanda laquelle elle était la pire: celle du suceur de sang ou celle du mari violent?

«Enora, tu veux bien aller à la remise chercher les alcools forts?»

Elle acquiesça et s'y rendit aussitôt. L'endroit était mal éclairé et elle mit du temps à trouver ce qu'elle cherchait. La porte donnant sur la rue était ouverte et laissait entrer un froid glacial.

Elle ne remarqua pas tout de suite l'homme qui pénétrait dans la remise. Ce ne fut que lorsqu'elle se retourna qu'elle vit Emil, se tenant sur le seuil, plus menaçant que jamais.

Enora poussa un cri et fit tomber une bouteille qui se brisa sur le sol.

«Sale chienne!» s'écria Emil, furieux.

Il s'élança sur elle et lui asséna un violent coup de poing dans la joue. La douleur envahit la jeune fille, l'assommant à moitié. C'est alors qu'Elios, alerté par le vacarme, arriva et, de son mètre quatre-vingt-dix, projeta Emil à quelques mètres de là.

«Nan mais qu'est-ce qui va pas chez toi, Emil?! s'écria-t-il.

- Ne vous mêlez pas de ça! riposta le jeune homme.

- Dégage de là! Je veux plus te voir ici!»

De rage, Emil donna un coup de pied dans un caisson près de lui. Il regarda longuement Enora; ses yeux lui juraient qu'il n'en avait pas fini avec elle.

Puis il partit enfin, jurant.

«Est-ce que ça va? demanda Elios, inquiet.

- Oui, je crois...», bredouilla la jeune fille.

Non. Elle était terrorisée.

«Enora, si tu veux rentrer, je comprendrais...

- Non! s'exclama-t-elle. Si je rentre, il n'y aura personne pour l'empêcher de recommencer.»

L'aubergiste hocha la tête. Il ne voulait pas se mêler de ce qui ne le regardait pas, surtout qu'il avait senti la violence d'Emil... Et cela l'avait effrayé. Jamais il n'avait senti autant de haine émanant de quelqu'un.

«Sois prudente, dit-il. Laisse ça, je vais ramasser les dégâts! Va plutôt laver les tables...»

Enora s'exécuta et retourna dans la salle principale. Elle faillit s'écrouler, épuisée, plus apeurée que jamais. Mais elle devait se ressaisir, elle n'avait pas le choix. C'était le seul moment de la journée où elle pourrait peut-être tenter de penser à autre chose que la peur qui la rongeait.

Des clients commencèrent à arriver petit à petit. Les regards s'arrêtaient beaucoup sur elle; la jeune fille pensa qu'ils remarquaient son malaise. Il n'en était rien et elle ne le comprit que plus tard.

Elle vit soudain Ilahn et ne put s'empêcher de sursauter à sa vue. Déjà installé à une table, le Sanguinaire la fixait. Enora faillit lâcher les verres qu'elle tenait en repensant à ce qu'il lui avait fait la nuit dernière. Que faire? Fuir? Elle risquait de se retrouver confrontée à Emil, elle ne pouvait courir ce risque.

Pourtant, Ilahn ne tenta ni de lui parler ni de l'approcher durant toute la soirée. Il l'observait seulement, buvant de temps à autre une gorgée de vin. La jeune fille remarqua qu'il la regardait les sourcils froncés, comme les autres clients. Elle se rappela alors du coup que lui avait donné Emil dans la joue. Cela avait forcément laissé une trace...

 

 

Vers une heure, Enora quitta la taverne. Elle avait vu Ilahn se lever alors qu'elle franchissait la porte. Les jambes tremblantes, la jeune fille tenta de ne rien laisser paraître. Mais elle ne savait plus où aller pour être en sécurité: chez elle? Emil risquait de l'y attendre...

«Bonsoir, Enora...»

La voix suave d'Ilahn la stoppa net. Elle se retourna pour lui faire face.

«Je... Je veux que tu me laisses, bredouilla-t-elle.

- Qui t'a fait ça?» demanda-t-il sans prêter attention à sa demande.

Le Sanguinaire caressa la joue d'Enora de l'index. Elle frissonna de peur.

«Qu'est-ce que tu me veux?!» fit-elle, prenant son courage à deux mains.

Ilahn s'avança vers elle, affichant un sourire malicieux. La jeune fille recula jusqu'à se retrouver dos au mur d'une bâtisse. Elle ne pouvait détacher son regard des dents du vampire. Les canines étaient acérées, mais pas autant qu'elle l'aurait cru. Elle regarda alentour: il n'y avait personne.

«Àton avis, murmura-t-il en touchant sa gorge, qu'est-ce que je veux?

- Pourquoi moi? Il y a d'autres personnes à terroriser ici!...

- Je t'aime bien», lança Ilahn.

Les yeux du vampire étaient de plus en plus étincelants.

«Qu'es-tu?» marmonna Enora, dont le coeur battait à tout rompre.

Ilahn la dévisagea et la jeune fille réalisa à quel point son visage était proche du sien. Puis soudain, il la prit par le bras et l'attira avec lui dans la rue.

«Tu ne m'as pas répondu, dit-il. Qui t'a fait ça? L'imbécile de l'autre soir?

- ...Oui...

- Bien. Où vit-il?

- Non, tu ne comprends pas! s'exclama Enora. Je dois me marier avec lui dans un mois!»

Ilahn s'arrêta et se tourna vers elle. Des flocons de neige commençaient à tomber.

«Et alors? répliqua le vampire.

- Mais... Tu ne peux pas tuer les gens comme ça!!!

- Pourquoi? Tu crois qu'il se gênerait, lui?!

- S'il te plaît, ne le tue pas.

- Bien. Mais je vais lui donner une petite leçon!»

Enora n'arrivait pas à se défaire de sa poigne et finit donc par se laisser faire. Ilahn lui demanda le chemin à emprunter et elle le guida. La situation lui paraissait insensée! Un homme qui venait boire son sang la nuit s'amusant à la défendre... Cela ne tenait pas debout!

Ils marchèrent dix minutes avant de se retrouver chez Emil.

«Il n'est peut-être pas là, dit la jeune fille. Il m'attend sans doute chez moi...

- On va voir.»

Ilahn frappa à la porte. Rien. Il frappa une deuxième fois. Une lumière s'alluma à l'intérieur. Le Sanguinaire soupira d'impatience et ouvrit la porte sans plus attendre. Il frappa alors Emil avec le battant, ce dernier s'apprêtant à ouvrir. Le jeune homme poussa un cri de douleur et de surprise. Ilahn ne lui laissa pas le temps de récupérer, il le poussa jusqu'au mur le plus proche où il le plaqua violemment. Enora regardait la scène, bouche bée. Emil avait beau se débattre, il n'avait aucune force comparée à celle du vampire.

«Salut! lança Ilahn, le regard plein d'ironie.

- Lâhce-moi!!! Qui t'es, toi, bon sang?!!!

- Ton pire cauchemar!»

Ilahn plongea alors ses canines dans le cou d'Emil. Ce dernier hurla de toutes ses forces. Le Sanguinaire s'abreuva plusieurs secondes sans qu'Emil puisse rien y faire. Enora était comme paralysée par ce qu'elle voyait. Ilahn la regardait fixement en même temps qu'il buvait le sang de sa victime. La jeune fille ne savait si elle éprouvait du plaisir à voir son tortionnaire souffrir ou du dégoût pour ce qu'on lui infligeait.

Lorsque le vampire lâcha enfin sa proie, il avait la bouche couverte d'hémoglobine. Enora en eut un haut-le-coeur. Emil quant à lui avait les yeux exorbités par la terreur.

«Ça, tu vois, c'est rien! s'écria Ilahn. C'est rien comparé à ce que je peux te faire si tu touches encore à elle!»

Il pointa Enora du doigt. Emil la regarda à peine, terrifié.

«Et si jamais j'entends encore parler de toi, je te vide de ton sang! Je crois aussi que tu ferais mieux d'annuler ton mariage... Suis-je bien clair?»

Emil, cette fois, le fusilla du regard. Ilahn s'approcha alors de lui et Emil voulut le frapper au visage. D'une rapidité fulgurante, le Sanguinaire bloqua son poing et lui brisa le poignet. Emil hurla de douleur.

«Suis-je bien clair?» répéta Ilahn.

Cette fois, Emil acquiesça et le vampire fut sûr qu'il aurait trop peur pour ne pas suivre ses ordres.

Ilahn retourna alors vers Enora, la prit par la main et l'entraîna dehors, alors qu'Emil sanglotait.

 

 

Enora resta silencieuse durant tout le trajet du retour. Ilahn n'avait pas lâché sa main et la ramenait chez elle d'un pas décidé. Toutefois, il lui fit comprendre qu'il comptait bien rentrer avec elle.

«Je ne peux pas vraiment refuser, non? demanda-t-elle, le ventre noué.

- Non.»

Enora acquiesça, puis osa enfin lui dire:

«Je crois que tu devrais nettoyer ta bouche...»

Ilahn émit un petit rire amusé. La neige était beaucoup tombée depuis tout à l'heure. Il prit un peu de ce qui était tombé sur le sol et l'étala sur ses lèvres pour se débarbouiller, l'air enjoué.

«Vas-y, dit-il, et ouvre ta fenêtre en haut, je t'y rejoins.»

La jeune fille hocha la tête et ne put s'empêcher de se demander comment il ferait pour monter jusque là-haut. Mais après tout, il l'avait bien fait la veille...

La jeune fille rentra dans la maison, se déchaussa en hâte et ôta sa cape. Elle se sentait complètement déboussolée. Elle n'arrivait même plus à penser ou à savoir si elle avait peur. Ilahn attisait en elle de la peur mêlée à une inexplicable curiosité, comme s'il était une bête mystérieuse...

Arbéik étant déjà couché, elle monta directement à l'étage. Une fois dans la chambre, ell aperçut la silhouette du Sanguinaire à sa fenêtre, attendant patiemment. Il y avait beaucoup de vent dehors et les flocons de neige s'affolaient en tout sens. Cela ne semblait pourtant pas affecter le vampire.

Enora s'approcha lentement. Elle l'observa un moment, indécise, puis ouvrit. Ilahn ne se fit pas prier et entra, refermant la fenêtre derrière lui.

«Sale temps», maugréa-t-il.

La jeune fille déglutit. La peur l'envahissait de nouveau maintenant qu'il était là, devant elle. Visiblement, il n'était pas rassasié. Ilahn sembla sentir la tension qui s'installait. Ses yeux bleu acier s'illuminèrent. Il s'approcha d'elle lentement, l'incitant à s'asseoir sur le lit derrière elle. Enora s'exécuta en silence, tremblante. Le vampire s'assit à ses côtés et repoussa les cheveux qui recouvraient la nuque de la jeune fille. Le pouls de cette dernière s'accéléra.

«Fais-le vite, s'il te plaît. Et...

- Et?

- Ne me fais pas trop mal...»

Ilahn ne répondit pas et s'approcha de la gorge d'Enora. Puis il y planta ses crocs.

 

 

Calices (4) - Cachette


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Par Kyra - Publié dans : Calices - Communauté : Jeunes auteurs sur le Net
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Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /Déc /2010 19:22

 

Calices (3) - Morsures

 

 

CHAPITRE 4

CACHETTE

 

 

Ilahn ne but que quelques secondes, ce qui suffit toutefois à affaiblir la jeune fille. Cette dernière, quand il eût fini, s'adossa contre le dos du lit, alors qu'Ilahn l'observait.

«Qu'es-tu? demanda-t-elle. En existe-t-il d'autres comme toi?»

Le Sanguinaire ne répondit pas, continuant de la fixer. Puis il porta son poignet à ses lèvres; il y planta ses canines. Enora poussa un cri de surprise. Deux gouttes de sang perlèrent sur la peau pâle d'Ilahn. Il les prit de sa main valide et s'approcha de la jeune fille. Celle-ci eut un mouvement de recul, terrifiée.

«N'aie pas peur.»

Il approcha ses doigts tachés de sang du cou de la jeune fille et appliqua l'hémoglobine sur ses plaies. Enora ressentit alors un étrange soulagement et réalisa que ça ne lui faisait plus mal.

«Mon sang permet de cicatriser plus vite», expliqua-t-il.

Ses yeux bleu n'étaient plus aussi illuminés que tout à l'heure, mais plongés dans les siens, la jeune fille n'osait même pas respirer.

Le Sanguinaire se sentait empreint de curiosité à l'égard de sa proie. Il avait pourtant lui-même été humain, mais cela lui semblait bien loin à présent. Ses souvenirs n'étaient pas clairs. Il ne se rappelait même plus de qui il avait pu être. Un paysan? Un chasseur? Avait-il eu une famille? Des amis? Une fiancée? Il faillit rire à cette pensée. Tout ça était d'un futile!

Tout ce qui comptait, c'était le sang et la meute. Rien d'autre.

«Je vais m'en aller, dit-il. J'ai eu ce que je voulais! ajouta-t-il, moqueur.

- Tu comptes venir ici toutes les nuits? demanda froidement Enora.

- Oh, non...»

Ilahn savoura le moment où la jeune fille semblait soulagée. Puis il termina sa phrase, se délectant de l'effet qu'elle produisit:

«Après, ce sera toi qui viendras avec moi.»

Le visage d'Enora se décomposa. Elle n'eut pas le temps de répliquer; Ilahn était déjà sorti par la fenêtre. Elle s'y précipita et constata avec effroi qu'il était déjà loin dans la rue, marchant. Comment avait-il pu atterrir par terre aussi vite et sans se blesser?!

 

 

La jeune fille ne put s'endormir avant le lever du jour. Seule la lumière du soleil la rassurait désormais. Mais elle ne parvenait malheureusement pas à chasser ces cauchemars où le Sanguinaire et Emil se relayaient.

Elle ne s'éveilla que dans l'après-midi, complètement déboussolée. Enora prit un des morceaux du miroir brisé pour observer sa gorge. Il n'y avait plus aucune marque. Sa joue par contre était gonflée et avait pris une teinte brunâtre.

Les images fusaient dans sa tête et elle savait que si elle continuait d'y penser, elle allait défaillir. Lohan, il fallait qu'elle le trouve. Tout cela avait assez duré, elle devait tout lui raconter!

Les cloches sonnaient lorsqu'elle sortit de chez elle, vêtue d'une robe vert foncé et d'une cape en fourrure. L'hiver avait désormais élu domicile ici, et la neige tombée la nuit dernière avait laissé sa marque.

Enora n'avait pas pris le temps de manger, elle était trop pressée pour même y songer, malgré sa faiblesse. Elle se dirigea vers les champs, se sentant vide de toute pensée, de toute émotion.

Lohan n'était pas très loin, bêchant parmi d'autres paysans avec difficulté pour extraire des légumes de la neige; il avait les mains rougies par le froid. Le jeune homme ne la vit pas arriver et sursauta quand il la vit.

«Tu m'as fait peur! s'exclama-t-il. Est-ce que ça va? Dieux, mais qui t'a fait ça?! rugit-il soudain en apercevant l'hématome sur sa joue.

- Je te le dirai après, mais... Je voulais savoir quand est-ce que je pourrais te parler... en privé?»

Elle jeta un coup d'œil aux paysans autour d'eux. Le jeune homme bouillonnait de rage, mais tenta de se contenir devant les autres, ne souhaitant pas humilier son amante en faisant éclater sa colère. Il ne supportait plus de la voir souffrir.

«Pas avant le coucher du soleil, tu sais bien», dit Lohan en caressant la joue tuméfiée d'Enora.

L'évocation du crépuscule fit frissonner la jeune fille. Tant pis, elle n'avait pas le choix.

«D'accord. Je te retrouverai ici, à ce soir!»

Puis elle partit sans se retourner, le cœur lourd, laissant Lohan à ses ruminations. Pourrait-elle seulement venir? Ilahn n'apparaissait que la nuit, mais peut-être se faisait-elle des idées et qu'il circulait aussi librement le jour? Dans tous les cas, elle n'irait pas travailler ce soir. Il était hors de question qu'elle risque de nouveau de croiser le Sanguinaire seule. Il finirait par la tuer, c'était évident. Enora avait remarqué à quel point il luttait avec lui-même pour ne pas boire tout son sang.

La jeune fille erra quelques minutes puis s'arrêta sur un pont. Elle regarda la rivière gelée en dessous pendant de longues minutes. Comme si le temps s'était figé, pensa-t-elle en regardant la neige autour d'elle. Tout était calme, le ciel était d'un bleu limpide... La lumière sur son visage l'apaisait et la réchauffait.

C'était décidé, ce soir, Ilahn ne la trouverait pas.

Enora remonta les rues jusqu'à la taverne d'Elios. Elle lui expliqua qu'elle ne pourrait pas venir travailler ce soir, que son père avait besoin d'elle à la forge. L'aubergiste acquiesça en soupirant; il était trop tard pour lui trouver une remplaçante. La jeune fille s'excusa et rentra chez elle pour manger, affamée. Il n'y avait déjà plus beaucoup de provisions et elle ne trouva que du pain et de la soupe froide à se mettre sous la dent.

On frappa soudain à la porte. Sur ses gardes, Enora s'empara de la tige en fer qu'on utilisait pour le feu, et alla ouvrir avec précaution. C'était le père d'Emil. Décontenancée, elle l'interrogea du regard.

«Mon fils veut annuler son mariage avec toi. Je ne sais pas pourquoi, mais il ne veut même pas te voir pour te l'annoncer lui-même...»

Enora déglutit. Non, c'était impossible...! Ilahn... Il avait réussi à la débarrasser de lui, à exaucer son vœu le plus cher. Une petite voix s'insinua alors dans son esprit et lui suggéra que ce n'était qu'une façon de l'avoir toute à lui. Pour mieux te vider de ton sang.

La jeune fille tenta de se reprendre.

«Qu'est-ce que tu as fait à mon fils? demanda brusquement le père d'Emil.

- Quoi? Je... Rien!

- Je ne l'avais jamais vu aussi effrayé! Lohan y est pour quelque chose?

- Non, je ne sais pas ce qui a pu...

- Écoute bien, ma petite. Emil ne veut peut-être plus de ce mariage. Mais dans ce cas-là, ton paternel va devoir trouver autre chose pour me rembourser!

- Mais, je...

- Un pari, c'est un pari. Il a perdu, j'ai gagné, et je veux ma part! Alors, je reviendrai, crois-moi!»

Le père d'Emil tourna alors les talons, sans même laisser le temps à la jeune fille de répliquer. Elle afficha malgré tout un large sourire de bonheur et de soulagement.

Enora referma la porte et souffla pour se ressaisir. Le père d'Emil venait de lui annoncer des représailles, et il n'avait pas l'air de plaisanter. Mais après tout, n'était-ce pas son père qui l'avait vendue à un homme?! Pourquoi donc se soucierait-elle de lui alors? Pourtant, c'était le cas. Arbéik buvait et jouait beaucoup depuis la mort de sa femme. C'était un homme malheureux, il n'avait plus toute sa tête...

Mais elle n'avait plus le temps pour s'interroger car déjà le jour déclinait. Enora enfila alors sa cape et ressortit dans le froid. Le soleil était devenu rouge. Rouge sang, pensa-t-elle avec effroi. Elle accéléra le pas, se dirigeant vers les champs où Lohan finissait de travailler.

 

*

 

Dans l'antre, les Sanguinaires s'éveillaient en bâillant bruyamment, tels des fauves. Sangora motivait ses troupes.

«Le soleil se couche mes amis, disait-elle langoureusement. Nous allons pouvoir sortir dans quelques minutes... Et n'oubliez pas, demain soir, nous ramenons tous nos calices ici.»

Ilahn eut un sourire de satisfaction. Il allait encore bien s'amuser cette nuit...

 

*

 

Vite, Enora devait trouver Lohan avant que le soleil ne disparaisse. Elle aurait trop peur autrement. Mais où était-il? Il y avait tellement de monde!

Une main l'agrippa et la jeune fille ne put retenir un cri. Elle soupira en réalisant qu'il s'agissait de son amant, et se jeta dans ses bras.

«Toi, fit-il, tu as quelque chose à me dire...

- Est-ce que tu connais un endroit tranquille où on ne pourrait pas nous trouver?»

Le jeune homme fronça les sourcils.

«C'est Emil, c'est ça?»

Enora secoua la tête. Non, celui-là, il ne l'embêterait plus! Ilahn l'avait aidée sur ce point, mais que ferait-il à Lohan?

«Bon, je connais un coin où on ne devrait pas être dérangés. Il y a une clairière dans la forêt et un grand arbre creux. Il faut marcher un peu, mais une fois là-bas, ça ira.

- Très bien, alors partons maintenant!»

Elle avait vu à quelle vitesse Ilahn pouvait se déplacer, et il serait bientôt à sa recherche. Et qui savait s'il n'avait pas d'autres sens aiguisés pour les retrouver?

Lohan prit Enora par la main et ils s'éloignèrent, partant dans le sens opposé que les paysans empruntaient.

La forêt n'était pas loin, grande masse sombre dans le jour déclinant. Peu de gens osaient s'y aventurer; les bois étaient toujours pleins de brigands et de sorcières, à ce qu'on disait. Il était donc risqué d'y aller de jour, mais de nuit...! Pourtant, les deux jeunes gens n'avaient pas le choix: personne ne songerait à les chercher ici.

 

 

Enora s'agrippait au bras de Lohan, enjambant les ronces qui tentaient de s'accrocher à sa robe. Le jeune homme savait où il allait, malgré l'obscurité croissante. Le cœur d'Enora battait fort, se serrant un peu plus dans sa poitrine à chaque pas qu'elle faisait.

Ils arrivèrent enfin à la clairière dont Lohan avait parlé. Un grand chêne creux se trouvait un peu plus loin. Ils s'y réfugièrent, tels des fugitifs. L'endroit était étroit, et ils étaient forcément blottis l'un contre l'autre. Mais c'était sec et on ne pouvait pas les voir. C'était la cachette idéale.

«Voilà, fit Lohan. Nous y sommes.

- C'est parfait, avoua la jeune fille.

- Alors? Qui t'a fait ça? Je t'écoute...»

Enora sentit son cœur s'emballer. La croirait-il seulement? Elle-même avait l'impression de devenir folle. Mais il le fallait; Lohan était le seul qui pourrait la croire, le seul en qui elle avait confiance.

Alors, elle raconta tout depuis le début. Son agresseur tué, son sang bu, Emil terrorisé, son sang bu de nouveau... Elle lui rapporta la terreur qui l'habitait, mais aussi la fascination qu'elle éprouvait envers cet être sans scrupules.

Lohan l'écouta sans jamais l'interrompre, les yeux rivés dans les siens, et affichant tour à tour étonnement, horreur ou dégoût.

«Je vais le tuer! siffla-t-il quand elle eût terminé son récit.

- Non! s'exclama Enora. C'est pour ça que je ne t'en ai pas parlé avant, je savais que tu réagirais comme ça!  

- Mais comment voudrais-tu que je réagisse?!

- Lohan, il n'est pas humain! Je l'ai vu, il se déplace vite et avec agilité. Il a la force de deux hommes si ce n'est plus!»

Il y eut un silence. Le jeune homme serrait les maxillaires, furieux d'être impuissant.

«Enora, je ne peux pas laisser passer ça! Je ne supportais déjà pas Emil, alors accepter qu'un monstres'en prenne à toi...! 

- Je ne veux pas que tu te fasses tuer! protesta la jeune fille.  

- Mais alors à quoi je sers?! S'emporta le jeune homme. Je suis censé te protéger! Alors si je ne peux pas, à quoi est-ce que je sers?!»

Il faisait nuit et le vent tempêtait, mais malgré cela, Enora percevait le souffle de Lohan, hors de lui.

«Je ne te laisserai pas mourir, dit-il.

-Moi non plus, je ne te laisserai pas mourir!»

Elle se blottit contre lui un peu plus, engourdie par le froid. Ils s'embrassèrent tendrement. Il lui caressa les cheveux et lui dit:

«Je devrais aller chercher des couvertures, de quoi manger et une lampe à huile, qu'en dis-tu? Ce sera un vrai nid douillet!

- Non! lança Enora. Je préfère mourir de froid que de rester seule ici!

- Mais comme je te l'ai dit, je ne te laisserai pas mourir. Et aucun de nous deux ne survivrait toute la nuit dans ce froid sans couvertures.»

Lohan se leva, enjambant «l'entrée» de leur cachette.

«Non, Lohan! Je viens avec toi!

- Pour risquer de te retrouver face à ce suceur de sang? C'est hors de question! Il a dit qu'il t'emmènerait avec lui! Et je ne le laisserai pas faire ça, tu m'entends?! Promets-moi de rester bien cachée ici.

- Mais...

- Je serai là dans une demie heure et nous passerons toute la nuit ensemble. Je ne serai pas long, alors promets-le-moi!»

Enora observa la silhouette forte de son amant dans l'obscurité. Il était décidé et ne cèderai pas.

«Très bien, je te le promets. Mais fais vite car ce seront les minutes les plus longues de toute ma vie!»

 

*

 

Lorsqu'Ilahn arriva aux abords de la taverne, il sut d'emblée que quelque chose n'allait pas. Il ne comprit pas immédiatement cette sensation. Après tout, c'était normal; le sang qu'il buvait d'habitude venait de personnes à présent décédées. Il n'avait donc pas le pouvoir de savoir où ses victimes se trouvaient. Mais là, c'était différent: elle était en vie.Ilahn ne jeta qu'un rapide coup d'œil à l'intérieur de l'auberge, qui confirma ses soupçons: Enora n'était pas là.

Furieux, le Sanguinaire fit demi-tour. Ses yeux brillaient de colère.

 

*

 

Enora grelottait. C'était peut-être plus de peur que de froid. La forêt était d'un calme terrible, accentué par l'hiver, saison de la Mort. Elle ne pouvait entendre que le vent. Malgré l'obscurité, elle discernait des flocons qui tombaient peu à peu. Depuis combien de temps Lohan était-il parti? Impossible à dire, mais elle espérait qu'il serait bientôt là...

 

*

 

Elle n'était pas chez elle, il le sentait. Inutile d'aller vérifier sa chambre car Ilahn était certain qu'elle se cachait ailleurs. Je n'aurais pas dû lui dire que je l'emmenais avec moi, songea-t-il avec agacement. Et si jamais elle venait à parler à quelqu'un? Il ne fallait surtout pas que la meute soit mise en danger. Autrement, Sangora le tuerait sans hésitation.

Il soupira, comme si ce n'était qu'un petit détail, ferma les yeux et se concentra... La magie opéra rapidement. Il avait bu son sang, il pouvait donc percevoir les battements de son cœur. Ilahn se concentra au maximum, la neige sur lui ne lui faisant pas le moindre effet. Il perçut une palpitation. Une deuxième... Il percevait son cœur, maintenant il devait se focaliser sur ce qu'elle ressentait. Il sentit des frissons. Le froid, la peur... Elle était seule, dehors.

Ilahn rouvrit les yeux et se remémora le parfum de la jeune fille. Une fois en tête, il huma. Le vampire sourit. Il pouvait à présent la suivre à la trace, comme si on lui indiquait la route...

 

 

 

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Par Kyra - Publié dans : Calices - Communauté : Manuscrits d'histoire en ligne
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