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Toujours un stylo à la main, je parcours des mondes oubliés et mystéieux afin de vous les faire découvrir... Etes-vous prêts pour le voyage?
La Haine des rois (5) - Revoir
Voilà une version un peu plus longue. Moins de suspense, mais j'espère que ça vous plaira quand même (en tout cas mieux que la première version ;) ). L'action n'avance pas énormément concernant Ethan et sa famille, mais j'avais envie depuis un moment d'intégrer un nouveau personnage; je vous laisse découvrir lequel^^! Laissez-moi vos avis car je ne suis pas encore très sûre de moi sur ce chapitre ;) A bientôt!!
CHAPITRE 6
TAMIS
Le trône était double. Reliées par la hanche, les deux sœurs siamoises étaient identiques. La même peau sombre, les mêmes yeux de chat capables de sonder la moindre parcelle de votre âme. Les mêmes lèvres pulpeuses et les cheveux bouclés, noirs, retombant sur leurs épaules, semblables à des serpents assoupis. Les deux reines de Tamis étaient d'une beauté foudroyante, presque dérangeante.
Dans d'autres contrées, on aurait banni des êtres de cette nature; mais à Tamis au contraire, on les vénérait comme des déesses immortelles, dotées de pouvoirs surnaturels. Belles et puissantes.
«Faites-le entrer!»
La voix était à la fois impérieuse et majestueuse. Elles avaient la même, mais à cet instant précis, c'était Mira – la plus à gauche sur le trône – qui venait de parler. Il ne fallait jamais les confondre; autrement, elles n'hésitaient pas à châtier ceux qui commettaient cette impardonnable erreur. Et en termes de punition, elles rivalisaient toutes deux d'imagination.
Un homme de petite taille entra, malmenant son béret entre ses doigts, les jambes tremblantes.
«Ma-Majestés...»
Il s'inclina, des sueurs froides s'écoulant le long de sa nuque. C'était un homme qui dirigeait plusieurs terres de Tamis, ainsi que les paysans qui y travaillaient.
«Que viens-tu faire ici?»
Cette fois, c'était Lona qui parlait.
«Pardonnez mon impudence, Vos Majestés, mais je viens à vous car plusieurs paysans protestent.
- Ah oui, et de quoi se plaignent-ils?! lança froidement Mira.
- Ils pensent – mais ce ne sont que des imbéciles! – qu'ils travaillent trop et qu'il n'y a plus assez de pain pour se nourrir...
- Comment osent-ils?!»
Les voix des siamoises s'étaient élevées en chœur, résonnant à travers la salle du trône.
«C'est ce que je leur ai dit, Vos Majestés, balbutia l'homme, terrorisé cette fois. Mais ils menacent...»
Les quatre yeux lançaient des éclairs.
«De-de ne plus travailler...!
- Quoi?!»
Les deux sœurs s'étaient levées d'un même bond, furieuses.
«Qu'ils osent! cria Lona.
- Et ils verront! renchérit Mira. Va et dis-leur qu'au moindre reproche de leur part, nous en exécuterons dix. Puis dix encore si rien n'y fait!»
L'homme s'inclina tout en reculant petit à petit. Puis il sortit, remerciant les dieux d'être encore en vie.
Agacées par cet entretien, les deux reines décidèrent de se retirer dans leurs appartements. Elles passèrent par un couloir étroit sans fenêtres au plafond bas, l'un des nombreux passages secrets du palais. Les murs étaient rouge vif et les chandeliers étaient recouverts d'or, leur lumière restant cependant trop faible par rapport à l'obscurité du lieu.
«Ce ne sont que des ingrats, maugréa Lona alors qu'elles longeaient cet interminable corridor.
- Des incapables!» renchérit Mira.
Elles ne pouvaient pas se déplacer très vite, mais la colère rythmait leurs pas et semblait leur donner une rapidité nouvelle.
Lona et Mira arrivèrent enfin à la porte du fond en chêne massif, et actionnèrent son ouverture grâce à un levier dissimulé en un chandelier semblable aux autres. Seules les reines connaissaient tout des passages secrets, car aucun domestique n'était autorisé à les utiliser.
La porte s'ouvrit alors sur une vaste chambre magnifique, d'une luminosité éblouissante après l'obscurité du corridor. De grandes fenêtres éclairaient la pièce de toutes parts et la lumière du soleil faisait étinceler un grand miroir double qui se trouvait devant une coiffeuse double. Sur les murs bleu clair avaient été peints des arbres et des cerfs broutant paisiblement, ainsi que des écureuils curieux perchés sur les branches. Les peintures étaient faites avec un tel réalisme que n'importe qui aurait pu se croire dans une véritable forêt ensoleillée.
Les chaises de la coiffeuse étaient conçues de façon à ce que les deux reines puissent s'asseoir aisément dessus. Le travail avait été rude car les reines, qui détestaient qu'on leur rappelle leur différence, n'hésitaient pas à exécuter les menuisiers qui rataient leurs chaises.
Assises, les siamoises pouvaient contempler leurs reflets respectifs car le miroir double avait été conçu de façon à ce que chacune puisse se contempler sans voir sa soeur à côté.
Elles tirèrent chacune une corde pour appeler les domestiques. Deux femmes aux visages blêmes s'inclinèrent, faisant de leur mieux pour ne pas croiser les deux paires d'yeux inquisitrices.
«Coiffez-nous! dirent-elles d'une même voix. Ensuite, nous déjeunerons.»
Les domestiques acquiescèrent et se munirent de brosses à cheveux. Tout se passait normalement jusqu'à ce que la domestique de Lona lui tirât trop fort les cheveux. Celle-ci poussa un cri de rage et la gifla si fort que la servante en perdit l'équilibre. Plus pâle que jamais, elle se prosterna sur le sol, implorant leur pitié.
Lona et Mira s'étaient levées et regardaient la femme avec mépris. Il lui manquait déjà un doigt.
«Je vais t'épargner cette fois, rugit Lona. Mais si tu t'avises encore de tirer les cheveux de ta reine, c'est la main qu'on te coupera!
- Tu te souviens de la dernière fois où on t'a coupé le doigt? lança Mira d'un ton glacial. Ça faisait mal, pas vrai?!»
La domestique hocha vivement la tête, le visage baigné de larmes, terrorisée.
«Alors imagine la main!»
Les soeurs partirent d'un rire à glacer le sang. Puis elles se tournèrent vers la coiffeuse et Mira prit une boîte en bois paré de dorures. Elle l'ouvrit et quelques instants après, elle en sortait un doigt féminin – devenu bleu avec le temps – et le montrait à la servante.
«Il ne te manque pas trop?!»
La domestique s'évanouit.
*
Lara et Trek n'avaient aucune idée de l'endroit où Erahn les amenait. Le premier village qu'ils rencontrèrent le leur indiqua. Il était situé sur une colline qui n'avait plus rien de verdoyant. De hautes bâtisses en pierre s'élevaient sur plusieurs étages, dans des dédales de rues pavées. Lara, Erahn et Trek traversèrent les champs déserts, visiblement incultivables. Tout semblait sinistre; on n'entendait que les croâssements des corbeaux, et une odeur insupportable leur montait aux narines.
Ils atteignirent l'entrée du village. Un panneau en bois, tombé dans la boue, indiquait que celui-ci s'appelait Harmony. Ils avancèrent lentement et la jeune fille remarqua bien vite que son père semblait observer tout autour de lui. Trek avait raison, pensa-t-elle, il voit!Des ruisseaux s'écoulaient dans certaines ruelles, mais l'eau qui avait dû jadis être limpide était d'une saleté répugnante et malodorante. Des villageois hagards erraient çà-et-là dans les rues, maigres et livides, souvent en haillons. Un petit garçon brun d'environ dix ans se planta devant Lara. Celle-ci s'accroupit pour se mettre à son niveau.
«Bonjour, toi! Est-ce que tu sais ce qui s'est passé ici?»
Le visage blême de l'enfant l'inquiéta tout de suite. Ses yeux ronds et fixes semblaient regarder quelque chose dans le vague, et ne pas la voir. Une main l'agrippa et la força à se relever.
«Ne le touche pas, dit Trek. Il a la peste ou quelque chose qui s'en rapproche!»
Lara jeta un regard glacial au jeune homme.
«Justement, nous devrions peut-être l'aider!
- Si tu as un remède, vas-y! lança Trek. Moi, ça ne me dit rien de croupir ici! Désolé, bonhomme...», ajouta-t-il à l'adresse de l'enfant.
Celui-ci ne semblait même pas l'avoir remarqué. Erahn se tourna vers Lara.
«Il a raison, évite de t'approcher d'eux. On ne sait pas ce que c'est, c'est peut-être contagieux!»
Lara préféra céder; ils avaient raison, mais cela l'attristait de ne pouvoir leur venir en aide. Comme si son père avait lu dans ses pensées, il lui dit:
«Ne t'inquiète pas, tu pourras tous les aider. Nous sommes ici pour ça, mais le chemin est encore long...»
Ils progressèrent dans les ruelles désertes et la jeune fille ne manqua pas de remarquer des visages qui se pressaient aux fenêtres à leur passage. Il se produisit alors ce qu'ils redoutaient tous. Un attroupement se forma peu à peu à leur suite. Les habitants d'Harmony étaient d'une saleté repoussante et d'une maigreur inquiétante sous leurs haillons. Tout dans leurs visages indiquait la maladie et la faim. Lara éprouva un pincement au coeur car même si elle avait déjà assisté à la misère, jamais elle ne l'avait autant interpelée. Un homme les héla soudain.
Grand, maigre, barbu grisonnant, il paraissait tout aussi hagard que les autres villageois.
«Hé! Vous...»
Erahn se tourna pour lui faire face. Maintenant, Lara n'avait plus aucun doute: il voyait bel et bien.
«Que s'est-il passé ici?» demanda-t-il.
L'homme les dévisagea longuement et pendant un instant, ils crurent qu'il n'allait jamais répondre.
«Les maladies, les terres qui ne donnent plus rien, la famine..., répondit-il enfin d'un air absent.
- Les reines de Tamis ne font-elles donc rien pour leur peuple?
- Non, non, il ne faut pas dire ça! cria soudain le barbu, l'air apeuré. Elles ont des yeux partout! Elles vont vous entendre et vous trancher la gorge!»
Lara et Trek échangèrent un regard peu rassuré. Les gens se massaient autour d'eux et les regardaient avec une avidité non dissimulée. Ils étaient si maigres que la jeune fille se demanda comment ils pouvaient encore tenir sur leurs jambes.
«Ils vont nous bouffer!» lui chuchota soudain Trek, nerveux.
Lara déglutit. Les habitants ne les quittaient pas des yeux, certains se léchant parfois les lèvres avec appétit. Ces gens n'avaient pas mangé depuis longtemps et ils représentaient tous trois un mets délicieux, car en bonne santé et, à côté d'eux, ils paraissaient même bien gras.
Erahn s'avança alors vers les villageois, ignorant le danger, bien qu'il en était tout aussi conscient que les jeunes gens.
«Nous sommes venus pour vous aider, Peuple de Tamis! Nous vous délivrerons de vos chaînes et vous retrouverez terres prospères et santé, je vous en donne ma parole!
- J'ai faim! cria soudain une femme. Mangeons-les! On n'aura plus d'autres occasions comme ça! Ce sont les dieux qui nous les envoient! Mangeons-les, il ne faut pas déplaire aux dieux!»
Lara et Trek se raidirent, retenant leur souffle. La femme qui venait de crier était couvertes de boursouflures au visage, sans doute à cause d'une maladie. La fièvre faisait suinter sa peau , tout comme la plupart des habitants. Malgré le danger qui les menaçait, Erahn ne laissa rien transparaître.
«Nous serons vos guides, clama-t-il. Pour cela, vous devez nous faire confiance! Les dieux nous ont envoyé ici pour vous ai...
- Mangeons-les!»
Cette fois, plusieurs voix s'étaient élevées partout autour d'eux. Ils n'avaient aucune issue; le piège se refermait sur eux. C'est alors que la cohue éclata et que les gens se bousculèrent pour se ruer sur eux, les visages avides n'exprimant plus qu'une faim incontrôlable.
Les villageois ne furent alors plus qu'un bloc uni s'élançant sur eux.
*
Ethan se rendit compte qu'il serrait si fort ses rênes qu'il en avait mal aux mains. Il devenait vraiment trop nerveux. Le vent fouettait son visage avec rage, mais peut-être était-ce parce qu'il allait trop vite, son cheval étant au galop depuis un moment déjà. Il se retrourna et vit qu'il devançait les autres depuis longtemps; il ne les voyait même plus. Agacé, il stoppa Soka dans son élan pour les attendre.
Il inspira à pleins poumons, humant l'air frais de la forêt environnante; une odeur de feuilles humides mêlée à une douce brise d'automne. Des oiseaux gazouillaient un peu partout autour de lui, et un faisan s'envola un peu plus loin dans un grand battement d'ailes, l'effrayant. Ethan fronça les sourcils, ayant l'étrange sensation que ce n'était pas lui qui avait fait peur au faisan, mais quelque chose d'autre. Il descendit de Soka et avança lentement, aussi discrètement qu'il le pouvait. Le jeune homme avait emmené un couteau avec lui et s'empressa de le sortir. La lumière du soleil vint s'y refléter.
L'atmosphère était soudain devenue étrange. Les oiseaux ne chantaient plus, même le vent ne soufflait plus. Soka se mit à hennir, sentant la tension qui s'était installée. Un fourré bougea devant Ethan.
Son coeur se mit à cogner dans sa poitrine tandis qu'il s'agrippait à son couteau, les mains moites. D'un geste brusque, il écarta les fougères.
Il s'était attendu à tout sauf à ça.
Une petite créature était blottie dans les fougères, terrifiée. Elle ressemblait à un petit chat blanc aux taches noires, quoi qu'un peu plus grande et à la tête plus ronde. Deux grands yeux bleus le fixaient avec inquiétude. Ses oreilles étaient rondes et l'animal possédait une longue queue touffue. Apeuré, il émit un petit feûlement.
Ethan poussa un long soupir de soulagement et, rangeant son couteau, se pencha vers la petite bête qui ne bougeait pas.
«Dire que c'est toi qui m'a effrayé!»
Les bruits de sabots firent vibrer le sol un instant, effrayant l'animal; puis ses parents et son frère furent là.
«Venez voir!» leur lança Ethan.
Il leur indiqua la créature qui s'était repliée sur elle-même derrière d'autres fougères.
«C'est un Mandra, indiqua Albane. Enfin, un bébé, les adultes sont plus grands. Ce sont des sortes de félins très agiles qui grimpent dans les arbres, mais si tu regardes bien sa queue, tu verras qu'elle est bien plus longue que pour un félin normal. C'est parce que les Mandras les utilisent pour se suspendre dans les arbres...
- Tu crois que celui-ci est tombé?
- Je ne sais pas, avoua Albane. Il faudrait voir s'il est blessé...»
Au moment où ils se redressaient, prêts à laisser le Mandra où il était, deux hommes les interpelèrent. Ils étaient tellement plongés dans la contemplation de l'animal qu'ils ne les avaient pas vus venir. Deux chasseurs. Et dans leurs mains, ils tenaient les corps d'animaux blancs tachetés... Des Mandras, morts.
«Hé! Vous n'auriez pas vu une de ces bestioles? On a réussi à avoir le couple, mais le petit est tombé un peu plus loin...»
Il y eut un court silence durant lequel Ethan lutta contre lui-même pour ne pas laisser éclater sa colère. Sa mère dut le sentir car elle posa une main sur son épaule.
«Non, désolée. Nous sommes en route pour Tamis, mais nous nous sommes un peu perdus, improvisa-t-elle.
- Ah, je vois, fit l'un. Vous êtes sur la bonne route, il faut continuer à l'Ouest. Nous, on a quitté le royaume dès que possible, je vous déconseille d'y aller! C'est l'enfer, là-bas. Au moins ici, on a à manger, du travail et de la fourrure de ces bestioles pour nous tenir chaud l'hiver!»
La famille acquiesça machinalement. Isaar prit les choses en mains pour abréger la conversation.
«Bien, nous allons nous reposer encore un peu avant de repartir. Merci pour les indications et si on revoit une de ces bestioles, on vous le fera savoir. Les hivers sont longs par ici!»
Les chasseurs ne semblaient pas pressés, mais comme ils ne soupçonnaient rien, ils finirent par faire demi-tour. Une fois qu'ils furent assez loins, Ethan soupira.
«Bon, on ne va quand même pas abandonner cette petite bête!
- Oh! Non, souffla Isaar. Tu sais bien qu'il va nous encombrer!
- Non, il est petit, je le porterai.
- Si ça peut te faire plaisir, mais faudrait-il encore qu'il veuille bien de toi!»
La créature était toujours blottie au même endroit. Le jeune homme s'en approcha et remarqua cette fois qu'elle avait une de ses pattes postérieures blessées.
Avec maintes précautions, il prit la petite bête qui émit un petit miaulement de peur. Mais elle était trop fatiguée pour lutter et ne se débattit pas longtemps.
Ils remontèrent à cheval après qu'Ethan ait bandé la patte du Mandra avec un bout de ses vêtements qu'il avait préalablement déchiré.
«C'est une femelle, remarqua Albane. Tu sais, je ne sais pas si c'est bien de la retirer de sa contrée natale.
- Je l'y ramènerai, dit alors Ethan. Mais pour l'instant, c'est hors de question de la laisser dans les parages avec ces deux-là.»
Sa mère sourit, reconnaissant en son fils l'un de ses traits de caractère: il s'attachait vite aux animaux et semblait être tombé sous le charme de cette petite Mandra.
Isaar leva les yeux au ciel, mais Albane savait qu'il n'était pas indifférent non plus au petit être.
Ethan enveloppa la Mandra dans une couverture, bien qu'avec difficulté car elle tentait de s'échapper, et l'installa confortablement dans ses bras pour reprendre leur route.
Des mots lui venaient alors sans arrêt en tête:
Moi, je n'abandonnerai personne.
Erahn by Laura MORUZZI est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://histoires-fantasy.over-blog.com
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